2224328_224Pour la famille Seznec, 80 ans de bataille s'achèvent sur un échec. Ce jeudi, les magistrats de la chambre criminelle de la Cour de cassation, réunie en Cour de révision et présidée par Bruno Cotte, ont décidé de rejeter la demande d'annulation de la condamnation de Guillaume Seznec. Il avait été condamné le 4 novembre 1924 par la cour d'assises du Finistère aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre de son ami, Pierre Quémeneur. Gracié en 1947 pour bonne conduite après 20 ans passés à Cayenne, il est mort en 1954. Libre, mais jamais blanchi. Ce que sa famille a toujours refusé...

C'est son petit-fils, Denis Le Her-Seznec, qui est aujourd'hui la figure de proue de ce combat familial. Lors du procès en révision, le 5 octobre, il avait imploré les magistrats de réhabiliter son grand-père. "Si une erreur judiciaire comme celle-là n'est pas reconnue, il y a de quoi s'asseoir par terre et pleurer", avait déclaré, très ému, Denis Seznec. Ce jeudi, il a laissé exploser sa colère en lançant, aussitôt après la lecture de l'arrêt : "c'est absolument honteux !" Dénonçant une justice rendue "folle", il a déploré : "la Cour de révision a raté une occasion historique et unique de montrer qu'elle était capable de reconnaître une erreur judiciaire".

Denis Seznec ne baisse pas les bras

Après cette décision, Denis Seznec a toujours la possibilité de présenter une nouvelle demande de révision. Mais son issue positive serait désormais très improbable. Il compte plutôt se tourner vers la justice européenne pour contester la manière dont a été instruite la révision du dossier Seznec.

Ce jeudi, le président de la cour de révision, qui lisait l'arrêt, a fait valoir qu'il n'existait "aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction le jour du procès, de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec". Pourtant, le 5 octobre dernier, comme il l'avait déjà fait devant la commission de révision avant que celle-ci transmette le dossier à la Cour, l'avocat général Jean-Yves Launay avait très clairement pris le parti d'une réhabilitation de Seznec. "Il convient de le faire bénéficier du doute et de décharger sa mémoire de la culpabilité", avait-il insisté, déclarant que "sans remettre en cause le principe de l'autorité de la chose jugée, il est tout aussi nécessaire que l'institution judiciaire accepte de se remettre en cause lorsqu'elle s'est trompée".

La demande de révision avait été présentée le 31 mars 2001 par la Chancellerie, à l'époque où Marylise Lebranchu, originaire du Finistère, était Garde des Sceaux. Cette requête s'appuyait sur le rôle joué par un certain Gherdi, susceptible de jeter un doute sur la culpabilité de Seznec, et sur les relations de cet homme avec l'inspecteur de police Pierre Bonny, cheville ouvrière de l'enquête criminelle. A la tête d'une officine gestapiste pendant la guerre, Bonny fut condamné et fusillé à la Libération. Lors du verdict de 1924, Gherdi n'avait pas été retrouvé et la cour d'assises avait estimé qu'il s'agissait d'une invention de l'accusé. Pour justifier de la transmission du dossier à la Cour, la commission de révision des condamnations pénales avait estimé, le 11 avril 2005, qu'il convenait de "s'interroger sur le rôle que l'existence de Boudjema Gherdi aurait pu jouer auprès des jurés, s'ils l'avaient connue lorsqu'ils ont apprécié la culpabilité de Guillaume Seznec".

Meme si la Cour Européenne juge cette affaire, Guillaume Seznec ne pourra pas etre réhabilité.